Accueil du site > Lumen Factory > CADENZA - Une causerie

CADENZA - Une causerie

Rhapsodie psychotique pour castrat et femme continue

Cadenza est l’histoire d’un homme qui n’en finit pas avec le jugement de Dieu. Il donne sa culpabilité en spectacle comme l’artiste de la faim, imaginé par Kafka, exhibait dans les foires la maigreur qui témoignait de l’ampleur de son jeûne. Stroem, lui, est un artiste de la damnation.

Son histoire, telle qu’il se la raconte – et dont il est vain de se demander si elle a une réalité autre que psychique -, tient en quelques étapes. Stroem, violoniste célébré, voit sa carrière menacée par une surdité croissante.
Son mentor, le chef d’orchestre Dimitri, lui conseille d’aller consulter un certain Mitch, orthophoniste réputé. Mais Stroem – justement parce qu’il est sourd – entend Nietzsche et non Mitch, et se plonge aussitôt dans la lecture du philosophe dont il attend une guérison miraculeuse – ce qui n’est pas nécessairement la meilleure façon d’aborder la philosophie.
Le malentendu ayant été finalement éclairci, Stroem va voir le dénommé Mitch, qui le convainc qu’il ne pourra retrouver l’ouïe, et donc le violon, qu’à la condition d’être castré. Stroem accepte le « sacrifice de sa virilité » et, guéri de sa surdité, reprend sa carrière.
Prédisposé par son état à voir un rival en chaque homme, il est également en butte aux récriminations de Balancine, son épouse, qui lui reproche son égoïsme et exige, en manière de compensation, l’adoption d’un enfant. Visitant un orphelinat, elle s’entiche du garçon le plus misérable, qui devient leur fils adoptif.
Stroem se sent persécuté par cet enfant, qui suit le couple partout où ses tournées le conduisent, et qui n’est rien d’autre à ses yeux qu’un instrument de vengeance entre les mains de sa femme.
L’enfant, désarmé face à un environnement aussi névrotique que mortifère, finit par se pendre. Comme poussé par le démon, Stroem prend le cadavre en photo, et vend le cliché à un magazine à sensations.
C’est alors que commence, pour le couple, une déchéance que Stroem recherche et cultive, comme s’il voyait dans la conscience d’être damné une forme supérieure de salut, ce qui est, sans doute, le propre de tous les réprouvés un tant soit peu conséquents.

Il n’y a évidemment dans ce texte aucune interprétation sérieuse de la pensée de Nietzsche, ni de la doctrine de la Prédestination. Je me suis seulement intéressé aux derniers textes de Nietzsche, parce qu’on ne sait trop si c’est la folie qui y contamine la philosophie, ou l’inverse.
Racontant l’histoire d’un homme qui n’en finit pas avec le jugement de Dieu, ce texte est, avant tout, un hommage oblique à l’émission radiophonique qu’Antonin Artaud avait conçue et réalisée pour l’ORTF en 1948.

Julien Busse


© LUMEN THEATRE 2010 | Mentions légales | Contact | Plan du site