FAUNE

Quelques notes

Dans un espace et un temps limités, à la faveur d’un désœuvrement institutionnalisé, se trouvent réunis des personnages qui vont devoir vivre ensemble, avec tout ce que cela peut impliquer d’affects croisés, de désirs assouvis ou contrariés, de passions rognées ou libérées.

Tout aquarium m’inspire inquiétude et dégoût. Or quoi de plus proche d’un aquarium qu’un lieu de vacances ? C’est donc toute une faune qui se prépare pour le petit carnage estival.

Ce que les personnages font de leur désir, ou ce que leur désir fait d’eux, c’est autour de ce flottement que s’organise l’intrigue.

Le désir est une question qui est posée à chacun, et à laquelle tous auront à répondre avant la fin de la représentation. Et c’est une question difficile, car aucun ne peut y répondre à la place d’un autre. Mais, heureusement peut-être, le mensonge est permis.

S’agissant du choix d’une certaine forme de théâtralité, l’influence du théâtre russe est déterminante. En effet, de Un mois à la campagne jusqu’aux Estivants de Gorki, en passant par les trois premiers actes de La Mouette et de La Cerisaie, l’inscription des personnages dans le contexte particulier d’une villégiature estivale paraît être une sorte de constante du théâtre russe, tout du moins celui qui appartient, pour aller vite, à la tradition « réaliste ».

La musique est dans ce texte un personnage à part entière. Les multiples résonances qu’il y entre Le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy et certains éléments de l’intrigue justifient le soin un peu maniaque avec lequel sont précisés les moments et la nature des interventions musicales.

En amont du Prélude de Debussy, il y a le poème de Mallarmé, L’après-midi d’un faune, qui est tout entier consacré à l’évocation de cet état de langueur érotique que provoque un désir dont l’infinité excède toute possibilité d’assouvissement.

Julien Busse


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